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LA SOUFFRANCE ETHIQUE !
Publié le 10 février 2020 | snudi fo 68

Il existe un conflit entre l’institution et l’éthique dont les enseignants sont porteurs dans leur fonction.

« La détresse morale apparaît quand on connaît la bonne action à poser ou la bonne chose à faire, mais que des obstacles, contraintes institutionnelles ou organisationnelles empêchent d’agir en ce sens. » (Andrew Jameton, enseignant au collège de santé publique du Nebraska)

A l’heure actuelle les enseignants sont exposés de façon autoritaire à cette souffrance éthique car leur mission de transmission des savoirs se heurte à des enjeux purement économiques et régressifs.
En effet, quel avenir propose-t-on à la majorité des élèves d’aujourd’hui qui, au prétexte fallacieux d’une école bienveillante, sont « entassés » dans des classes dans lesquelles tout un chacun doit trouver sa place ? Les conditions d’apprentissage ne sont plus une priorité et pour cause…
Ces futurs citoyens sont-ils condamnés, après une instruction scolaire volontairement dégradée par les donneurs d’ordre, à ne pas avoir de droits ?
Pire doivent-ils se taire sous peine de sanction ? (cf. communiqué SNUDI FO Halte à la répression).
Quel avenir se profile pour eux ?

  • Des emplois de plus en plus précaires dont le principe est d’user et remplacer les gens sans état d’âme en les payant au minimum (loi travail, explosion des CDD, PPCR permettant des ruptures conventionnelles, payes au mérite) ?
  •  Des soins relégués au second plan voire pas de soin pour des questions de moyens (l’hôpital public survivra-t-il à la purge qu’il subit et pourra-t-il soigner les « indigents » et ceux amenés à le devenir) ?
  •  Des droits citoyens de plus en plus limités (droit de grève infirmé pour les emplois précaires, restreint par le service minimum, entravé par les réquisitions…)

La souffrance éthique des enseignants est multiple ;

après être passés par une phase d’incompréhension (des années de déclassement et de déconsidération malgré une surcharge de travail et de nouvelles missions toujours plus éreintantes) puis de sidération (autoritarisme managérial, méritocratie à la tête du client), nombreux sont les collègues qui ouvrent les yeux sur le projet indécent qu’ils ont mis en œuvre malgré eux aux antipodes de leurs valeurs républicaines !
Se mettre toujours au second plan sur leurs conditions de travail en pensant que les réformes répétées imposées durant des années étaient (peut-être) une transition nécessaire pour rendre performant un système éducatif trop « inégalitaire » a abouti au pire des scenarii :

-  la disparition programmée de leur statut (privatisation rampante et contractualisation)
- la baisse continue de leur rémunération (gel du point d’indice depuis 17 ans)
- la paupérisation garantie de leur pension par la volonté de mettre en place la réforme à points dont ils seront les GRANDS PERDANTS ! (cf. communiqués SNUDI FO en pj)
Quant au sens de leur métier ? Combien sont-ils à tenter de tenir la route malgré tout, à vouloir démissionner, à se reconvertir etc. ?
Comment ne pas souffrir lorsque les injonctions du TOUJOURS PLUS avec TOUJOURS MOINS deviennent la norme ?

A cela s’ajoute le mépris dont ils sont l’objet et d’abord de la part de leur employeur « reconnaissant » qui les « remercie chaleureusement pour leur engagement » tout en véhiculant une image de fainéants, nantis et « toujours en vacances », affirmations largement entretenues et diffusées pour briser le tabou des congés et les transformer en partie en périodes travaillées pour se "former"...

En France, en 1998, Christophe Dejours (psychanalyse-santé-travail à Paris 5), introduit la notion de « souffrance éthique » :

« La souffrance qui résulte non pas d’un mal subi par le sujet, mais (…) celle qu’il peut éprouver de commettre, du fait de son travail, des actes qu’il réprouve moralement ».

Le suicide de Christine Renon, directrice d’école à Saint Denis, en septembre 2019, a marqué les esprits. Le lieu de l’acte et le courrier de Christine pointaient clairement les responsabilités de l’Education nationale. Si la responsabilité de l’administration a par la suite été reconnue, rappelons le mépris de l’institution qui dans les jours suivants sa mort, n’a donné aucun signe de compréhension et n’a même pas pris la peine de la nommer.

C’est bien le mode de gestion managériale qui se propage actuellement dans l’école : PPRE et individualisation des parcours, évaluations et objectifs de réussite, mise en concurrence des personnels, inclusion scolaire systématique sans les moyens nécessaires, avalanche des missions, « réformes » assénées, … Soumis à ce mode de gestion du type « faire le plus, avec le moins » les métiers de l’enseignement, qui impliquent des valeurs et non pas la recherche de profits, sont particulièrement exposés, selon les chercheurs, au risque de souffrance éthique.

Respect, solidarité, développement des capacités personnelles, élargissement des connaissances, promotion de la culture, sens de l’effort, goût de la recherche, … sont des mots qui se heurtent aux notions de rendement, de profit, de rivalité, de compétition, d’égoïsme brutal, …

Faire le plus avec le moins dans un système qui exige de ses enseignants non pas le respect de la structure hiérarchique mais la soumission, qui oblige non pas au professionnalisme mais au suivi d’injonctions, qui prescrit « la réussite » de tous plutôt que les moyens pour y arriver, qui prône la confiance aux élèves et à leurs parents et une défiance des plus arrogante vis-à-vis des enseignants, …qu’attendre de ce système ?

Des promesses de concertation… d’améliorations des conditions de travail… de revalorisation ? … ou plutôt une souffrance éthique qui va aller en s’accroissant dans un métier à la progression opaque, avec des fins de carrière aux conditions impitoyables, suivies de retraites désastreuses.

Rappelons simplement l’objectif affiché de la sécurité sociale lors de sa création en 1945 :
« Chacun cotise selon ses moyens et reçoit selon ses besoins »

A cela s’oppose tout le contenu, les objectifs et les moyens mis en œuvre par le projet de réforme des retraites du gouvernement visant à changer les fondements de notre société basée sur la solidarité pour instaurer une société individualiste où chacun est désigné responsable de son sort !
UN PROJET A COMBATTRE !

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CTSD du 5 juin

Lors du CTSD du 5 juin, le SNUDI FO68 a pris la parole pour vous.
Voir en pièce-jointe la déclaration liminaire.


SPIP 3.2.7 [24473] habillé par le Snudi Fo