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LA LIBERTE D’EXPRESSION…pour qui ?
Publié le 9 novembre 2020 | snudi fo 68

Entre PPCR et « École de la Confiance », dans quelle zone s’étend donc le concept de la liberté d’expression pour les enseignants ?

Pour rappel, depuis le Statut Général des fonctionnaires de 1946, les fonctionnaires n’étaient plus les agents du gouvernement et de la majorité politique au pouvoir mais les serviteurs de la République.
Mais aujourd’hui, nous sommes dans « L’École de la Confiance » dont le premier article énonce :

« Par leur engagement et leur exemplarité, les personnels de la communauté éducative contribuent à l’établissement du lien de confiance qui doit unir les élèves et leur famille au service public de l’éducation. »
« Les dispositions de la présente mesure pourront ainsi être invoquées, comme dans la décision du Conseil d’Etat du 18 juillet 2018 précédemment mentionnée, dans le cadre d’affaires disciplinaires concernant des personnels de l’éducation nationale s’étant rendus coupables de faits portant atteinte à la réputation du service public ».

Ø Ainsi, l’article 1er de la loi sur l’Ecole de la Confiance porte atteinte aux libertés individuelles et aux libertés syndicales en visant à faire taire toute critique de la politique en cours. C’est la possibilité de sanctionner « toute atteinte portée à la réputation du service public ».

C’est pourquoi toute critique portée par un enseignant sur l’institution pourrait être maintenant légalement sanctionnée. Le fameux devoir de réserve qui ne concernait que les seuls cadres du système éducatif ou des cas bien particuliers veut s’étendre à tous mais davantage par le biais des enseignants eux-mêmes (qui ont simplement un devoir de discrétion professionnelle, par exemple ne pas dévoiler ce qui se passe pour une famille, un enfant, ou dans leur école).

Notre ministre, Jean-Michel Blanquer, a pour sa part mis en avant "un devoir d’exemplarité", en pensant coincer les enseignants qui osent parler. Mais c’est davantage par l’opacité des progressions de carrière et donc par l’auto-censure que le mal se fait et que le cynisme de la procédure se révèle !

Or la liberté de parole des enseignants est nécessaire à l’exercice du métier : l’éthique qui les anime doit faire primer l’intérêt de l’élève sur celui de l’institution.
Désormais, avec PPCR et « l’école de la confiance », comment évoquer, expliquer, partager, appliquer, …vivre la liberté d’expression ?

Ø PPCR et ECOLE DE LA CONFIANCE

La mise en œuvre du protocole PPCR (Parcours Professionnels Carrières et Rémunérations), protocole que les organisations majoritaires de la Fonction Publique FO, CGT et Solidaires ont refusé́ de signer, fait peser les plus graves menaces sur nos droits, notre statut, nos carrières et nos salaires :

Rappelons qu’avec PPCR :

- C’est notre liberté́ pédagogique individuelle qui est attaquée et mise en cause  :

En effet, à tout moment de notre carrière, nous pouvons être contraints d’accepter un « accompagnement » d’un CPC, PEMF, tuteur ... pour « consolider nos compétences professionnelles, remédier aux difficultés rencontrées », « favoriser la mobilité́ » et « aussi répondre à tout autre besoin exprimé localement »

- C’est notre qualité professionnelle qui est soumise à l’évaluation de notre « contribution à l’action de la communauté́ éducative » et plus précisément en fonction de notre investissement dans les Projets Educatifs Territoriaux et en fonction de nos relations avec les parents d’élèves et les élus politiques locaux ;
pour exemple rappelons la réforme des rythmes scolaires qui a vu les ingérences des élus politiques se multiplier dans nos écoles.

Face aux remises en cause de notre indépendance professionnelle, de notre liberté pédagogique, pour imposer « l’école de la confiance », face à l’inclusion systématique et aux partenariats contraints avec les collectivités territoriales, …il nous faudrait accepter de renoncer à nos droits statutaires et à notre indépendance professionnelle, pour espérer bénéficier d’une promotion !

Dès lors, dans quelle dimension notre liberté d’expression peut-elle encore s’inscrire ?
« La liberté d’expression s’arrête là où commence la vérité qui dérange. » (Ass Cissé / Sénégal)

Ø La liberté d’expression pour les uns…

· Rappel : Un vrai mythe politique est imaginé dès le 12 mars, celui de la continuité pédagogique et du "tout est prêt" ministériel.

Or, en mars les enseignants se sont retrouvés sans préparation, sans formation, sans consignes pédagogiques, sans outils fonctionnels, avec des élèves pas plus préparés. Ensuite, dès le 28 mai, le ministre Jean-Michel Blanquer a menti aux Français en disant que "toutes les familles qui le souhaitent doivent pouvoir scolariser leur enfant au moins une partie de la semaine" alors qu’il savait très bien que c’était impossible du fait d’un protocole qu’en même temps il affirmait vouloir garder strictement.

· En juin 2020 apparaît le second mythe c’est celui des milliers "d’enseignants décrocheurs".

La campagne de prof bashing démarre dès la fin du 1er confinement :

· La députée (LREM) AC Lang dans le Journal du Dimanche évoque " les centaines de milliers d’autres (enseignants) qui, de toute évidence, ne sont pas sentis concernés" par la crise sanitaire". Ancienne rapporteure de la loi Blanquer, la députée oppose les courageux soignants aux lâches enseignants dans sa tribune.

· "Comment des milliers de profs n’ont pas assuré leur propre cours pendant le confinement". Sur France 2

· Sur RTL le 10 juin, le ministre Jean-Michel Blanquer dit enquêter pour savoir combien d’enseignants "ne font pas leur travail" et promet des sanctions.

· "La moitié d’entre eux, encore aujourd’hui, n’a pas repris le chemin de l’école et dont une part non négligeable serait à ranger dans la catégorie des tire-au-flanc" affirme L’Opinion.

· "Un ministre en première ligne dit en privé "si les salariés de la grande distribution avaient été aussi courageux que l’éducation nationale, les Français n’auraient rien eu à manger", dit D. Seux sur France Inter.

· "Il n’y a pas eu un enthousiasme débordant des enseignants. Je ne crois pas qu’on les applaudira tous à la fin du mois", écrit R Cohen dans Les Échos.

Ø La liberté d’expression pour les autres …

Pour les enseignants la liberté d’expression c’est la navigation entre les écueils de PPCR et ceux de « l’École de la Confiance » …

Aujourd’hui :

Sous le poids d’une double crise mal gérée, la rentrée du 2 novembre reste un monument de « choyage » intensif qui tient davantage du « bébé secoué »

Ø Le ministre fait peser sur les enseignants une gestion bâclée de la cérémonie en mémoire de leur collègue assassiné, sans temps de réflexion, d’échanges préalables et d’harmonisation.

La version de la lettre de Jaurès aux enseignants avait été d’abord raccourcie (trois paragraphes manquants et notamment celui où Jaurès, enseignant lui-même, défend l’autonomie de l’enseignant et critique vertement le recours excessif aux évaluations).

"J’en veux tellement à ce certificat d’études primaires qui exagère encore ce vice secret des programmes. Quel système déplorable nous avons en France avec ces examens à tous les degrés qui suppriment l’initiative du maitre et aussi la bonne foi de l’enseignement, en sacrifiant la réalité à l’apparence ! Mon inspection serait bientôt faite dans une école. Je ferais lire les écoliers, et c’est là-dessus seulement que je jugerais le maître. »

Le ministre de l’Education Jean-Michel Blanquer, justifiant ces coupes par « la volonté de fournir un outil clé en main » a répondu à un auditeur de France inter qu’il voyait là « une polémique typique de nos jours » et même « un peu de complotisme », avant d’assurer que « le texte complet est accessible à tous ». Et effectivement, on pouvait (enfin) trouver à partir de 10 heures ce lundi de reprise 2 novembre, la lecture audio complète, ainsi qu’un lien vers le texte intégral, juste à temps pour la cérémonie de 11 heures (!)

Ø Du point de vue sanitaire, les fiches repaires, publiées la veille de la rentrée, réaffirment la priorité d’accueillir tous les élèves et cela conduit plutôt à une baisse des exigences.

Tout y est recommandé « dans la mesure du possible » : belle manière de vouloir se dédouaner de toute responsabilité (notamment en décidant de ne pas octroyer de moyens humains supplémentaires pour rendre le possible réellement accessible).

Le constat est sans appel : « la confiance » d’en haut exige la soumission « d’en bas ».

Dans un contexte où tout est prétexte pour dérèglementer les attaques contre nos statuts et accentuer l’aggravation des conditions de travail, les personnels revendiquent depuis des mois ce qu’ils ont affiché lors des rassemblements en hommage à Samuel Paty ; c’est de pouvoir être protégés en toutes circonstances et défendus par la hiérarchie contre les menaces, diffamations, agressions et autres violences qu’ils subissent.

Avec ses ordres et contrordres permanents, le ministre est en train de faire exploser les personnels, et notamment les directeurs d’école !

Les limites de l’incurie et de l’incompétence sont largement dépassées ! Pour le SNUDI-FO, c’est inacceptable !
Le mépris des personnels, le mépris des statuts, le mépris de l’Ecole publique, ça suffit !
Le refus de satisfaire la moindre des revendications (postes, salaires…), ça suffit !
La volonté d’imposer coûte que coûte des réformes s’en prenant à nos statuts et nos conditions de travail, ça suffit !

Le SNUDI-FO appelle les personnels à se saisir de l’appel des fédérations FSU, FNEC FP-FO, CGT Educ’action, SUD Education et SNALC à se réunir dans les écoles dès le lundi 2 novembre, à lister toutes leurs revendications et à les faire remonter à leur hiérarchie, avec copie aux organisations syndicales. Pour le SNUDI-FO, la question de la grève pour briser cette spirale infernale de dégradation de nos conditions de travail et obtenir une réelle augmentation de nos salaires est posée.

La FNEC FP-FO a d’ores et déjà déposé un préavis de grève pour couvrir toutes les initiatives jusqu’aux vacances de Noël.

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CTSD du 5 juin

Lors du CTSD du 5 juin, le SNUDI FO68 a pris la parole pour vous.
Voir en pièce-jointe la déclaration liminaire.


SPIP 3.2.7 [24473] habillé par le Snudi Fo